
Après «Un petit chaperon», «Journal d’un monstre», «Les contes à ouvrir le temps», Florence Lavaud choisit d’adapter «la Belle et la Bête».
Dans ce conte se trouve la base d’une palette qu’elle aime agiter : différence, monstruosité, solitude, légende, apparente naïveté… ombres et lumières…
Si depuis longtemps elle dépeint les histoires, chacune doit trouver sa couleur, sa matière, sa méthode... pour cette nouvelle création, le travail de recherche s’articulera autour du perceptible et de l’invisible, de l’inaudible.
« Au-delà, du travail avec mes compagnons de toujours - Laurent Arnaud, Xavier Bermudez, Christian Paboeuf, Stéphane Zang - pour cette nouvelle recherche, François Weber, réalisateur sonore, m’accompagnera pour trouver la narration du conte à travers ses sonorités, ses résonances… »
Florence Lavaud
Il était une fois un monde d’apparences.
Un monde où il faut être parfait, être riche, avoir de l’instruction,
Être beau, être belle.
Il était un monde où l’on cache ses bêtes, un monde d’illusion...
Un monde comme un conte d’enfant.
Il était une fois une belle, une bête et une rose...
Il était une fois un monde d’apparences...
Si nous puisions aussi dans nos instincts ; dans nos sens, dans notre autre intelligence.
Si nous n’étions pas dressés, éduqués à vouloir ressembler aux images remplies d’images.
Si nous étions aventuriers de la vie...
Si nous sortions nos masques de beauté, d’assurance, de réussite...
Si l’homme savait regarder avec ses yeux et non simplement avec ses croyances...
Si nous n’avions pas peur du regard de l’autre…
Peut-être qu’alors ?
L’amour et le plaisir de la métamorphose seraient au rendez-vous...
Comment pouvons-nous imaginer raconter l’indescriptible ?
L’insondable ? Sensations de nuit et de jour…
Comment aller au-delà des apparences ? Du paraître ?
Un murmure... une respiration quelque chose qui est là…
C’est une chose, une bête, tapie depuis longtemps… elle attend
C’est envahissant, prenant, pénétrant..
Un grand portail s’ouvre vers un ailleurs…
Des sculptures nous racontent…
Des ombres viennent obscurcir notre regard
Florence Lavaud
FRANCE INTER - 30 novembre 2011
Par Dominique Duthuit, chroniqueuse de l'émission de Brigitte Patient
"Une Belle, une Bête" est la toute nouvelle création de la metteure en scène Florence Lavaud, récompensée en 2006 du Molière Jeune Public pour sa version du Petit Chaperon rouge.
Florence Lavaud a pris le parti de nous raconter le chemin parcouru par deux êtres que tout oppose.
L’un est beau, l’autre est laid, et pourtant tous deux tombent en amour au-delà de leurs apparences et se métamorphosent en une seule et même personne sublimée. Ils deviennent autre, ni Belle, ni Bête, mais quoi ? Et là, Florence Lavaud nous laisse toute la place pour les imaginer sans jamais nous les montrer dans une réalité tangible. Comme un peintre, elle compose à vue, par touches successives, un univers qui nous oblige plus à deviner qu’à voir. Toute l’histoire se perçoit à travers des jeux d’ombres, des images vidéos quasi abstraites, des passages de présences furtives, des sons infimes… »
Tout est raconté très clairement.
Avec un goût du mystère, de la mesure et de l’émerveillement, Florence Lavaud joue les sorcières, en modifiant les échelles des objets et des personnes, en redessinant sans cesse l’espace, en transformant la grande porte centrale en un miroir magique dans lequel la Belle et la Bête se fondent pour apparaître sous la forme d’une femme magnifique.
Ainsi, de bout en bout, nous sommes invités à voir autrement, dans le caché, dans le doute, dans notre imagination.
C’est une expérience intime nouvelle et presque nécessaire : dans le monde d’aujourd’hui, phagocyté par un trop plein d’images où il semble presque inconcevable de ne pas tout montrer, ce spectacle ouvre aux enfants et aux adultes un espace précieux où enfin l’invisible trouve sa juste place.
Florence Lavaud, dans un langage visuel et sonore très abouti, nous livre une version finalement très romantique du conte.
Le Télégramme - 14 décembre 2011
par Delphine TANGUY
« Une Belle, une bête ». Un conte hors normes
Dans "Une Belle, une Bête», la metteure en scène Florence Lavaud donne une version très personnelle et d’une troublante beauté d’un des contes fondateurs.
La metteure en scène Florence Lavaud continue de dérouler l’écheveau inépuisable du conte.
« Le conte, cela permet de grandir, c’est initiatique, c’est ce qui m’intéresse. Je les choisis en fonction des thèmes dont j’ai envie de parler.
Dans "Une Belle, une Bête", il est question de l’apparence, des sensations, de l’invisible, du non-dit, de deux personnages que tout sépare et qui vont se rassembler », explique Florence Lavaud.
Après « Un petit chaperon rouge », Molière 2006 du spectacle jeune public, elle a aussi exploré une autre approche de l’univers du conte en prise avec un territoire et ses habitants : « Les contes à ouvrir le temps », enracinés dans les vieilles légendes de la Dordogne et de la Bretagne.
« Mon premier spectacle était déjà un conte, cela me laissait la possibilité de faire du théâtre comme un artiste peintre, de rêver », précise Florence Lavaud.
Un point de vue qu’elle souhaite aussi faire partager au public en laissant la porte ouverte aux interprétations et à l’imaginaire.
Prisonniers des cadres
Jouant des ombres et de la lumière, la metteure en scène de Chantier Théâtre sublime le récit en composant de magnifiques tableaux. Une grande pureté esthétique qu’elle travaille jusque dans la précision de chacun des gestes des comédiens.
Dans un inlassable jeu de cache-cache, où le spectateur devine plus qu’il ne voit les protagonistes, la Belle et la Bête apprivoisent peu à peu leurs peurs et franchissent les barrières qui les séparent, formalisées par ces cadres qui semblent figurer les normes dont nous sommes prisonniers.
La métamorphose est aussi au rendez-vous avec une Belle dont le talent de contorsionniste révèle l’animalité et la grande sensibilité.
Courses furtives derrière des tentures transparentes, images vidéos qui reflètent un monde d’illusions et d’apparences, les artifices de la scénographie nous embarquent vers des rivages mouvants, entre rêve et réalité.
Un monde fantasmagorique qu’elle convoque avec la complicité de son équipe artistique mais aussi celle du réalisateur sonore François Weber.
OUEST France – 14 décembre 2011
par Michelle SENANT
"Une Belle, une Bête"… Un enchantement
Un homme égaré dans la forêt, un château mystérieux dont le maître est une bête redoutable. L’homme prend une rose pour sa fille ; il doit, pour se racheter, amener une de ses filles au château, à sa place. Belle s’y rendra et après bien des péripéties, elle tombera sous le charme de la bête.
Le conte de Madame Leprince de Beaumont est sublimé par une mise en scène féérique de Florence Lavaud, des décors sobres et somptueux, et surtout une création lumière et sonore superbe.
On est dans un Vermeer, dans un déploiement de clairs obscurs, de gris soyeux. Tout y est grâce et sensualité. La belle se fait araignée, entre dans le monde animal de la bête, se rapproche d’elle insensiblement et craque complètement à la fin du spectacle dans un amour fusionnel.
Pour les jeunes collégiens qui assistaient au spectacle ce n’était pas évident sans doute, ils n’étaient pas toujours sensibles à la beauté plastique de cette représentation, l’effet de groupe aussi, mais nul doute qu’après coup, l’émotion ressurgira.
SUD OUEST – 12 octobre 2011
Par Chantal GIBERT
Ce spectacle explore la complexité des personnages et conduit dans le monde du songe, du fantastique.
Entre la peur et l’attirance, il joue sur la dualité des sentiments.
L’action se déroule dans une esthétique raffinée, où décors, projections, jeu des acteurs se combinent pour créer la part de mystère qui enveloppe cette histoire.
Le rideau se lève sur un palais tout blanc : sol de marbre, rideaux et voiles à demi transparents.
Une jeune fille joue une mélodie au piano. L’orage gronde au dehors.
Soudain, plus fort que le tonnerre, résonnent les grognements de la Bête, dont la silhouette se dessine, menaçante. Les dés sont jetés.